Il s’agit de la livraison de produits et d’objets illicites par des
drones. Selon certaines statistiques, on observe en seulement 4 ans une
augmentation de 4500% de la quantité totale de drones ayant été interceptés au-dessus des prisons du Québec. Il est permis de croire que ce nombre n’est que la pointe de
l’iceberg, puisque de nombreux drones réussissent probablement
à arriver à destination et demeurent cachés des autorités en place.
En 2013-2014, on a recensé seulement quatre vols de drones audessus des murs des centres de détention du Québec. En 2014- 2015, 18 ont été dénombrés, passant à 27 en 2015-2016, puis au
nombre record de 180 engins interceptés en 2017-2018, et ce seulement durant les neuf premiers mois de la période. Près de 80% de ces événements concernent les deux
établissements de détention de Montréal. Deux facteurs peuvent expliquer cette concentration dans la métropole : un plus grand nombre de personnes incarcérées
Ces dernières années, de tous les sujets chauds concernant les
conditions de détention au Québec, un retient particulièrement
l’attention des médias et suscite beaucoup d’inquiétude chez les agents
correctionnels et les directions de pénitenciers. Prison et nouvelles technologies
Les drones phénomène inquiétant
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et une proportion plus importante de détenus liés au crime
organisé. L’action de ‘’faire passer’’ illégalement du matériel dans les
centres de détention est très lucrative pour les contrebandiers
qui s’y adonnent, et surtout pour les détenus impliqués dans le
marché noir au sein pénitenciers. Il arrive parfois que du matériel, suspendu au bout d’une corde attachée aux drones, puisse être livré directement devant les
fenêtres des cellules ou des salles communes des pénitenciers.
Selon certains agents correctionnels, le poids des colis peut parfois atteindre jusqu’à 20 kilos !
Selon des informations obtenues auprès du ministère de la Sécurité Publique du Québec, ces drones transportent principalement du tabac, des cellulaires et de la drogue, parfois
sous la forme de ‘’plugs’’ (terme utilisé pour identifier des petits
paquets bien ficelés contenant la drogue, et pouvant être insérés
et camouflés dans certaines cavités du corps humain).
Bien d’autres objets ont pu être interceptés, comme des
messages codés ou chiffrés, des lampes de lecture, des
épices, des briquets, des timbres pour arrêter le tabagisme, des
écouteurs ou encore divers outils permettant aux détenus de
trafiquer les fenêtres, précisément dans le but de recevoir du matériel transporté par drones.
Les livraisons par drones se font surtout la nuit, pour plusieurs raisons techniques telles la présence de gardiens et la plus grande aisance pour les contrevenants à agir à leur convenance
durant cette horaire. On est loin de l’époque des balles de tennis et des flèches
lancées au-dessus des murs, fournissant de très petites quantités
de drogue à la fois, tel que pratiqué il y a une dizaine d’années. Ce fléau des dernières années, qui ne cesse de prendre de l’ampleur, a de quoi susciter bien des maux de tête aux
agents correctionnels, aux directions de prisons et aux
dirigeants gouvernementaux, tant au niveau provincial, national qu’international.
On a effectivement raison de craindre pour la sécurité des agents
correctionnels, des détenus et même de la population, puisque
les drones peuvent transporter une grande quantité de matériel
au poids considérable, pouvant ainsi être potentiellement composé d’armes.
Le Ministère de la Sécurité Publique se veut rassurant, affirmant
qu’une analyse de différentes technologies contre ce fléau est
mise en place, afin d’en identifier les plus prometteuses.
En outre, des représentants gouvernementaux, provinciaux et
fédéraux, s’intéressent actuellement à un système de détection et d’interception des drones.
Selon leurs dires, cette technologie sera complémentaire à un
ensemble d’autres mesures: fouilles des secteurs et des cours,
ajouts de caméras, surveillance dynamique des agents, registres
des événements liés aux drones, cours et fenêtre grillagées, classement des personnes incarcérées, etc. Par ailleurs, la direction de la prison de Bordeaux affirme travailler
de concert avec le Conseil national de recherche du Canada à
la mise au point de moyens techniques qui permettraient de
neutraliser les drones à l’approche des pénitenciers.
Toutefois, une question se pose:
Pourquoi attendre la mise en place d’une telle technologie,
risquant qu’une tragédie ne survienne entre temps, quand
l’installation de filets au-dessus des cours de prisons pourrait être
une solution simple, provisoire et efficace pour contrer l’action
des drones?
Jennie Hewitt
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