Depuis plusieurs années, j’ai pris l’habitude de m’arrêter un moment, en cette journée internationale dédiée aux femmes, soit pour honorer les femmes qui ont pavé ma route, avant mon premier pas, soit pour honorer la femme que je suis devenue, et la femme que je suis devenu est : solide, lumineuse, façonnée par les épreuves et les victoires, debout dans toute l’ampleur de son histoire.
Cette année, je choisis d’honorer la femme que je suis : celle qui avance pas à pas, qui se transforme, qui gagne en maturité comme en sagesse, et qui offre à la vie un sourire vrai, malgré vents et marées.
Je célèbre celle qui s’est relevée malgré les carences, malgré les épreuves, malgré les embûches semées sur sa route. Je célèbre cette femme qui, envers et contre tout, persiste à grandir, à s’ouvrir, à rayonner.
J’honore du même coup toutes les femmes qui, comme moi, ont traversé bien des tempêtes, s’agrippant à tout ce qu’elles ont pu pour ne pas sombrer, affrontant le vent de plein fouet.
J’honore ces femmes qui se sont détournées d’elles-mêmes, de leur propre existence, pour satisfaire les besoins d’autrui au détriment des leurs : les enfants, le conjoint, la famille, l’ami.e en détresse, l’être cher malade, le parent qui vieillit, ce rôle de proche aidante qui épuise autant qu’il ennoblit.
J’honore ces femmes qui ont tenu bon, même lorsque tout semblait vouloir les plier. J’honore leur courage silencieux, leur amour sans mesure, leur capacité à se relever encore et encore.
J’honore toutes ces femmes qui portent encore une charge mentale trop lourde, dans une société où l’iniquité persiste comme une ombre tenace. J’honore celles qui endossent mille responsabilités, qui enfilent trop de casquettes, trop de chapeaux, jusqu’à parfois s’oublier elles‑mêmes. Celles qui donnent sans compter, qui soutiennent, qui organisent, qui veillent, qui réparent, souvent au prix de leurs propres besoins relégués au second plan.
J’honore ces femmes qui tiennent le monde à bout de bras, même lorsque personne ne le voit. J’honore leur force discrète, leur patience infinie, leur courage tissé dans le quotidien.
Lorsque je tourne mon regard vers le passé et que je deviens simple spectatrice de ma propre histoire, je vois combien je me suis effacée, combien je me suis oubliée. Je vois cette femme qui ne prenait que la place qu’on voulait bien lui laisser, comme si son existence devait se glisser dans les fissures des autres.
Du bout des pieds, presque en apnée, je me frayais une place — au travail, en famille, en amour — avançant avec une discrétion qui frôlait l’effacement.
Combien de femmes, comme moi, se sont contenté d’une place trop petite dans la vie de ceux qui les entourent…
Combien ont accepté de se tenir en retrait, de se faire discrètes, de se fondre dans le décor pour ne pas déranger, pour ne pas prendre « trop » de place…
Et pourtant, certains me diront: « Mais comment se fait‑il que tu ne te sois pas davantage imposée ? Avec ton caractère bien trempé, je t’aurais imaginée prendre ta place… »
Comme si l’on pouvait réclamer sa place sans avoir d’abord appris qu’on en mérite une…
On a appris à tant de femmes à ne pas prendre leur place, à retenir leurs élans, à taire leurs sentiments et leurs émotions pour ne pas déranger. On leur a appris à être bonnes, généreuses, dévouées, à penser d’abord aux autres, à s’effacer pour mieux servir. On leur a appris à se satisfaire des miettes qu’on leur tendait, à exprimer de la gratitude même lorsque leur cœur avait faim, à se taire lorsque leur vérité brûlait de sortir.
On a appris à ces femmes à se contenter de peu, comme si le « peu » était tout ce qu’elles méritaient. Et trop souvent, elles ont fini par le croire.
Oui, bien au‑delà de mon enfance, la société elle‑même m’a appris ce que « devenir une femme » devait signifier, en opposition à ce qu’un homme avait le droit d’être. Elle m’a soufflé, parfois doucement, parfois brutalement, qu’il fallait être douce plutôt qu’affirmée, conciliante plutôt que tranchante, discrète plutôt que visible.
Et pourtant, en moi, il y a toujours eu ce tempérament affirmé, fonceur, bagarreur, direct, sans détour — cette voix franche, cette grande gueule que je taisais, ma lumière que je tamisais.
Mais j’ai fait ce qu’on m’avait appris : j’ai pris mon trou.
Combien de femmes qui, comme moi, réalisent qu’elles doivent apprendre à tourner leur périscope vers l’île accueillante de leur MOI?
Combien découvrent, parfois tard, parfois douloureusement, que leur propre territoire intérieur mérite enfin d’être exploré, habité, revendiqué ?
Combien comprennent qu’il est temps de se choisir, de se voir, de se reconnaître, après tant d’années à scruter l’horizon pour les autres ?
Oui, aujourd’hui, j’honore toutes ces femmes qui n’ont pas encore pleinement conscience de l’importance de vivre un peu plus pour elles-mêmes, un peu plus égoïstement — dans le sens noble du terme — mais qui avancent doucement vers cette révélation intérieure qui viendra, espérons-le.
Et j’honore aussi ces femmes qui, comme moi, ont ouvert les yeux et accueillent enfin leurs besoins, leurs limites, leur être tout entier. Celles qui apprennent à se dire oui, à se reconnaître, à se respecter, à se tenir debout dans leur vérité. Celles qui se réapproprient leur espace, leur souffle, leur lumière.
Femmes, vous êtes merveilleusement belles — en dedans comme en dehors. Belles de vos cicatrices, de vos élans, de vos contradictions, de vos renaissances. Belles de votre courage silencieux, de votre tendresse tenace, de votre lumière qui persiste même dans l’ombre.
Soyez fières de qui vous êtes. Soyez fières de vos prises de conscience, de vos éveils, de vos pas vers vous-mêmes. Soyez fières du chemin parcouru, même lorsqu’il fut sinueux, même lorsqu’il vous a demandé plus que ce que vous croyiez pouvoir donner.
Et surtout… aimez-vous. Aimez-vous assez pour ne plus jamais tolérer l’intolérable. Aimez-vous assez pour dire non, pour dire oui, pour dire stop, pour dire enfin : je compte, moi aussi.
Aimez-vous, respectez-vous, et vous apprendrez du même souffle au monde entier comment vous aimer et vous respecter. Car lorsque vous vous choisissez, vous devenez un phare — pour vous, et pour celles qui vous suivront.
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